La rémunération variable et la condition de présence posent la même question à chaque départ ou absence d’un salarié : que doit-on lui verser pour l’exercice en cours ? Pour un départ, la Cour de cassation a posé des règles nettes : prorata du temps de présence, sauf condition de présence valablement prévue. Pour les absences, la réponse dépend surtout de la rédaction du plan, de la nature de la prime et de la convention collective.
Cet article fait le point du point de vue de l’employeur, situation par situation : démission, rupture conventionnelle, licenciement, arrêt maladie, congé maternité, congés payés, temps partiel. Il complète notre guide de la rémunération variable et notre synthèse de la jurisprudence sur la part variable et les objectifs.
Points clés
- Selon l’arrêt du 9 février 2022 (n° 20-12.611), la prime d’objectifs s’acquiert au prorata du temps de présence : le salarié qui part ne peut pas exiger la prime entière.
- Le 26 juin 2024 (n° 23-10.634), la Cour de cassation a censuré une cour d’appel qui refusait toute prime à un salarié parti le 31 juillet : faute de condition de présence prévue, la prime était due au prorata.
- Selon l’arrêt du 8 juillet 2020 (n° 18-21.945), le droit au variable peut être subordonné à une condition de présence à la date d’échéance.
- Selon l’arrêt du 28 mars 2018 (n° 16-12.530), le variable d’une période intégralement travaillée reste acquis, même si le salarié part avant la date de versement.
- Selon le baromètre People Base CBM 2025 (386 entreprises), le variable des commerciaux est versé une fois par an dans 37 % des cas, et celui des cadres supérieurs et dirigeants dans 96 % des cas.
Au sommaire
- Qu’est-ce qu’une condition de présence ?
- Le prorata temporis, règle par défaut
- Quand la condition de présence est valable
- Démission, rupture, licenciement
- Arrêt maladie et congé maternité
- Congés payés
- Temps partiel
- Les situations en un tableau
- Écrire les règles dans le plan
- Faire relire ses règles
- Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une condition de présence en rémunération variable ?
Une condition de présence en rémunération variable subordonne le droit à la prime à la présence du salarié dans l’entreprise à une date donnée, en général la fin de la période sur laquelle la prime est calculée.
Trois notions suffisent pour lire un plan :
- la période de référence : la période sur laquelle les réalisations sont mesurées, souvent l’année civile ou l’exercice comptable ;
- la date d’échéance : la date à laquelle les conditions d’exigibilité de la prime sont appréciées, en principe la fin de la période de référence ;
- la date de versement : la date de paie à laquelle la prime est payée, souvent plusieurs semaines après la clôture, le temps de calculer les réalisations.
Sans condition de présence écrite, la règle par défaut est le prorata du temps de présence. Avec une condition de présence, l’employeur peut, en principe, réserver la prime aux salariés présents à la date d’échéance. L’enjeu est réel quand la prime se calcule sur une année : selon le baromètre People Base CBM 2025 (386 entreprises), le variable est versé annuellement dans 37 % des cas pour les commerciaux, 70 % pour les managers et 96 % pour les cadres supérieurs et dirigeants.
La prime sur objectif est-elle due au prorata temporis en cas de départ ?
Oui : sauf condition de présence prévue, la prime sur objectif liée à l’activité est due au prorata temporis du temps de présence du salarié qui quitte l’entreprise en cours d’exercice.
Deux arrêts fondent cette règle :
- selon l’arrêt du 9 février 2022 (n° 20-12.611), la prime d’objectifs s’acquiert au prorata du temps de présence ; selon le commentaire de Lefebvre Dalloz, le salarié qui part ne peut pas prétendre à sa totalité, même s’il a atteint son objectif au jour de son départ ;
- dans l’affaire jugée le 26 juin 2024 (n° 23-10.634), la prime d’objectifs était fixée chaque année par avenant. Le salarié avait quitté l’entreprise le 31 juillet. Ni le contrat ni les avenants ne prévoyaient de condition de présence à la fin de l’exercice : la prime lui était due en proportion de son temps de présence.
Le plan doit dire comment se calcule le prorata. Un exemple fictif : un commercial a une prime cible de 8 000 € par an ; il part le 30 avril, après quatre mois de présence, avec un taux d’atteinte de 90 %. Si le plan applique le prorata au montant obtenu, la prime vaut 8 000 € × 90 % × 4/12, soit 2 400 €. Reste à préciser si l’atteinte se mesure sur des objectifs annuels ou sur des objectifs ramenés à la durée de présence : les deux lectures ne donnent pas le même résultat, et seul le plan peut trancher. Pour le fonctionnement d’ensemble de la prime sur objectif, voir notre page dédiée.
Quand une condition de présence est-elle valable ?
Une condition de présence est en principe valable si elle est prévue par écrit et appréciée à la date d’échéance de la prime, mais elle ne peut pas priver le salarié du variable d’une période intégralement travaillée.
Les arrêts posent deux bornes :
- l’ouverture du droit au variable peut être subordonnée à la présence du salarié à la date d’échéance (Cass. soc., 8 juillet 2020, n° 18-21.945) ;
- le droit est acquis lorsque la période a été intégralement travaillée : il ne peut pas dépendre de la présence du salarié à une date de versement postérieure (Cass. soc., 28 mars 2018, n° 16-12.530).
Le tableau compare trois rédactions. Il est indicatif : la validité d’une clause dépend de sa formulation exacte et doit être vérifiée par un avocat.
| Rédaction du plan (exercice civil) | Lecture selon les arrêts cités | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Aucune règle de départ | Prime due au prorata du temps de présence (2022, 2024) | Définir la méthode de prorata dans le plan |
| « Prime réservée aux salariés présents au 31 décembre de l’exercice » | Condition à la date d’échéance, possible en principe (2020) | Vérifier sa portée selon le motif du départ |
| « Prime réservée aux salariés présents à la date de versement, en mars N+1 » | Ne peut pas priver du variable d’un exercice N intégralement travaillé (2018, 2020) | Verser la prime N au salarié parti en janvier ou février N+1 |
Selon le commentaire publié par CMS (6 décembre 2021), une date de versement postérieure reste possible, mais l’employeur ne peut pas s’en prévaloir pour refuser le paiement à un salarié parti entre-temps. La portée d’une condition de présence selon le motif du départ (démission, licenciement, rupture conventionnelle) se discute : faites-la valider.
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Démission, rupture conventionnelle, licenciement : que verser dans le solde de tout compte ?
En cas de démission, de rupture conventionnelle ou de licenciement, le solde de tout compte inclut en principe la rémunération variable acquise, au prorata ou en totalité selon le plan, même si elle n’est calculée qu’après le départ.
Démission
La rémunération variable en cas de démission suit les règles générales : prorata du temps de présence, sauf condition de présence valablement prévue. Une prime sur objectif après démission reste due pour un exercice intégralement travaillé, même si le salarié est parti avant la date de versement (arrêt du 28 mars 2018).
Rupture conventionnelle
Les mêmes règles s’appliquent. En pratique, la convention de rupture gagne à préciser le traitement du variable de l’exercice en cours : montant, mode de calcul, date de versement. Une ligne claire évite un litige après la signature. En principe, la part variable entre aussi dans le salaire de référence qui sert à calculer l’indemnité de rupture conventionnelle ; la méthode relève de la paie et de la convention collective.
Licenciement
Le variable acquis au prorata, ou en totalité pour une période intégralement travaillée, entre en principe dans le solde de tout compte. La part variable entre aussi, en principe, dans le salaire de référence de l’indemnité de licenciement. Pendant un préavis non exécuté à la demande de l’employeur, l’indemnité compensatrice vise en principe à maintenir la rémunération que le salarié aurait perçue, ce qui pose la question du variable : faites chiffrer et valider ce point.
Solde de tout compte : le variable calculé après le départ
Le variable n’est pas toujours calculable au jour du départ, car les réalisations ne sont connues qu’à la clôture. Le plan peut prévoir un versement à la date habituelle, après le calcul. Ce décalage ne doit pas servir à refuser le paiement (arrêts du 28 mars 2018 et du 8 juillet 2020). Prévenez le salarié par écrit de la date et du mode de calcul, et gardez la trace du versement.
Arrêt maladie, congé maternité : peut-on réduire la rémunération variable ?
La réduction de la rémunération variable pendant un arrêt maladie ou un congé maternité n’obéit à aucune règle unique : elle dépend de la rédaction du plan, de la nature de la prime et de la convention collective.
La nature de la prime change l’analyse :
- une commission sur les ventes personnelles baisse mécaniquement pendant l’absence, puisque le salarié ne vend pas ;
- une prime sur objectifs annuels pose la question de la méthode : réduire la cible, réduire les objectifs, ou ne rien changer ;
- une prime sur objectifs collectifs dépend des résultats de l’équipe, que l’absence d’un salarié n’efface pas.
En principe, une règle d’absence doit être écrite, connue à l’avance et appliquée de la même façon à toutes les absences comparables. Certaines absences font l’objet de protections particulières, comme le congé maternité ou l’accident du travail : vérifiez la loi et votre convention collective avant toute réduction. Les recherches « rémunération variable congé maternité Syntec » montrent d’ailleurs que la question se pose souvent par branche.
La transparence salariale renforce ce point. La directive (UE) 2023/970 inclut le variable dans la rémunération, et le projet de loi n° 944, déposé au Sénat le 10 septembre 2026, n’est pas adopté. Une proratisation mal conçue pour le congé maternité peut créer un écart de variable entre les femmes et les hommes. Pour le détail, voir notre guide de la directive européenne sur la transparence des rémunérations.
La rémunération variable entre-t-elle dans les congés payés ?
L’intégration de la rémunération variable dans l’indemnité de congés payés dépend de la nature de la prime : la question est de savoir si la prime est affectée, ou non, par la prise des congés.
En principe, une commission liée à l’activité personnelle du salarié, que les congés font baisser, n’est pas traitée comme une prime annuelle calculée sur l’ensemble de l’année, périodes de travail et de congés confondues. La réponse à « la prime sur objectif rentre-t-elle dans la base CP ? » dépend donc de son mode de calcul. Ce point technique relève de la paie et de la convention collective : faites valider votre méthode par votre expert en paie ou votre avocat.
Inclure d’avance l’indemnité de congés payés dans un taux de commission est, en principe, une pratique risquée. Mieux vaut l’écarter dans la rédaction du plan.
Comment calculer la rémunération variable d’un salarié à temps partiel ?
Pour un salarié à temps partiel, la rémunération variable est en principe proratisée selon la durée du travail : la prime cible et les objectifs sont ramenés dans la même proportion, et le plan écrit la méthode retenue.
Un exemple fictif : à 80 % d’un temps plein, une prime cible de 10 000 € devient 8 000 €, et un objectif de 1 000 000 € de ventes devient 800 000 €. L’erreur fréquente consiste à réduire la cible en gardant l’objectif d’un temps plein : le salarié doit alors produire autant qu’un collègue à temps plein pour une prime réduite, ce qui le pénalise deux fois. Le plan précise aussi le traitement d’un passage à temps partiel en cours d’exercice, par exemple un prorata entre les deux périodes. Faites valider la méthode au regard de votre convention collective.
Quels points de vigilance pour chaque situation ?
Chaque situation de départ ou d’absence appelle un point de vigilance propre, à traiter par écrit dans le plan avant l’ouverture de l’exercice.
| Situation | Règle de départ | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Démission en cours d’exercice | Prorata, sauf condition de présence prévue (2022, 2024) | Méthode de prorata et mesure de l’atteinte |
| Rupture conventionnelle | Prorata, sauf condition de présence prévue | Écrire le traitement du variable dans la convention |
| Licenciement | Prorata, sauf condition de présence prévue | Préavis non exécuté et salaire de référence des indemnités |
| Départ après la clôture, avant le versement | Variable de l’exercice complet acquis (2018, 2020) | Ne pas opposer la date de paie |
| Embauche en cours d’exercice | Selon le plan | Remettre les objectifs dès l’arrivée |
| Arrêt maladie | Selon le plan et la convention collective | Règle écrite, appliquée à toutes les absences comparables |
| Accident du travail | Selon le plan, la loi et la convention collective | Absence protégée : vérification juridique |
| Congé maternité | Selon le plan, la loi et la convention collective | Absence protégée ; écart femmes-hommes |
| Congés payés | Selon la nature de la prime | Base de l’indemnité de congés payés |
| Temps partiel | Prorata de la durée du travail, en principe | Réduire cible et objectifs dans la même proportion |
Comment écrire les règles de départ et d’absence dans le plan ?
Les règles de départ et d’absence s’écrivent dans le plan de rémunération variable de l’exercice, remis au salarié avec sa lettre d’objectifs, et le contrat de travail y renvoie.
Le plan précise au minimum :
- la période de référence et la date d’échéance de la prime ;
- la règle de départ : prorata du temps de présence, ou condition de présence à la date d’échéance ;
- la méthode de prorata : sur la cible ou sur le montant obtenu, avec des objectifs annuels ou ramenés à la durée de présence ;
- la date et le mode de versement après un départ, et l’information du salarié ;
- la liste des absences qui réduisent la prime, la méthode de réduction, et celles qui sont neutralisées ;
- le traitement du temps partiel et des changements de poste en cours d’exercice ;
- le traitement des embauches en cours d’exercice.
Pour l’articulation entre contrat et plan, voir notre exemple commenté de clause de rémunération variable. Pour les mentions de la lettre remise chaque année, voir notre modèle de lettre d’objectifs. Ces documents doivent être rédigés en français : des objectifs rédigés dans une autre langue sont inopposables au salarié (Cass. soc., 29 juin 2011, n° 09-67.492).
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Ces règles manquent souvent. Selon le baromètre People Base CBM 2025 (386 entreprises), 68 % des entreprises jugent leurs mécanismes de variable bien formalisés ; en audit, People Base CBM constate presque toujours l’inverse. Le même baromètre relève que la politique de variable n’a pas été remise à plat depuis 6 ans en moyenne, et que 51 % des entreprises doutent que leurs dispositifs soient connus et maîtrisés par les bénéficiaires.
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- Mise en œuvre : plans, calculateurs, procédures
- Le guide de la rémunération variable
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- La prime discrétionnaire
- Baromètre de la rémunération variable
Questions fréquentes sur le départ, les absences et la condition de présence
La prime sur objectif est-elle due en cas de démission ?
En principe, oui, au prorata du temps de présence, sauf condition de présence valablement prévue. Selon l’arrêt du 9 février 2022 (n° 20-12.611), la prime d’objectifs s’acquiert au prorata, et le salarié qui part ne peut pas exiger la prime entière. Si l’exercice a été intégralement travaillé, la prime reste due même si le salarié part avant la date de versement (arrêt du 28 mars 2018, n° 16-12.530).
La rémunération variable figure-t-elle dans le solde de tout compte ?
En principe, oui, pour la part acquise à la date du départ. Quand les réalisations ne sont connues qu’à la clôture, le plan peut prévoir un versement à la date habituelle, après le calcul. Ce décalage ne permet pas de refuser le paiement d’un exercice intégralement travaillé (arrêts du 28 mars 2018 et du 8 juillet 2020). Informez le salarié par écrit du calendrier et du mode de calcul.
La prime sur objectif entre-t-elle dans le calcul de l’indemnité de licenciement ?
En principe, oui : la part variable entre dans le salaire de référence qui sert à calculer l’indemnité de licenciement, comme l’indemnité de rupture conventionnelle. Les modalités, notamment la façon de prendre en compte une prime annuelle, dépendent de la loi, de la convention collective et de la paie. Faites valider le calcul par votre expert en paie ou votre avocat en droit social.
Peut-on réduire la rémunération variable pendant un arrêt maladie ?
Tout dépend de la rédaction du plan, de la nature de la prime et de la convention collective. Une commission sur les ventes personnelles baisse d’elle-même pendant l’absence ; une prime sur objectifs annuels demande une règle écrite. En principe, cette règle doit être connue à l’avance et appliquée de la même façon à toutes les absences comparables. Faites-la valider avant de l’appliquer.
Rémunération variable et congé maternité : que prévoir ?
Le congé maternité fait l’objet de protections particulières en droit du travail, et certaines conventions collectives prévoient leurs propres règles. Avant toute réduction du variable, vérifiez la loi, votre convention collective et la rédaction de votre plan avec un avocat. La transparence salariale rend ce point plus sensible : une proratisation mal conçue peut créer un écart de variable entre les femmes et les hommes.
Ces informations générales ne remplacent pas un conseil juridique adapté à votre situation. Faites valider vos règles de départ et d’absence par un avocat en droit social.
Sources : arrêts de la chambre sociale de la Cour de cassation cités, résumés d’après les commentaires de Lefebvre Dalloz, 9 octobre 2024, CMS, 6 décembre 2021 et CMS, 12 septembre 2018 ; baromètre People Base CBM de la rémunération variable 2025 ; directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 ; Sénat, dossier législatif du projet de loi n° 944 (2025-2026).
Départ, absences et rémunération variable : demande d’information
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