Construire une grille des salaires, ou en actualiser une existante, nécessite une démarche structurée. Il ne s’agit pas simplement d’aligner des chiffres, mais bien de poser les fondations d’une politique salariale cohérente, juste et adaptée à l’évolution de l’organisation et du marché. Une grille bien conçue fixe, pour chaque classe d’emplois, une fourchette de rémunération avec un minimum, une médiane et un maximum, à partir de la classification des emplois et des pratiques du marché.
Cette page détaille la méthode en six étapes, les paramètres à choisir et un exemple chiffré complet. Pour la définition de la grille salariale, ses différents types et ses usages, consultez notre page grille salariale : définition, construction et exemple.
Au sommaire
Pourquoi construire ou reconstruire sa grille des salaires maintenant ?
Pendant longtemps, la grille salariale a été perçue comme un simple outil administratif, souvent limitée à un tableau relativement figé, utilisé principalement pour encadrer les augmentations ou positionner les collaborateurs lors des recrutements. Cette vision est aujourd’hui largement dépassée. Sous l’effet de plusieurs transformations, les entreprises redécouvrent le rôle stratégique des grilles salariales :
- La transparence salariale change les règles du jeu : avec la directive européenne sur la transparence des rémunérations, les entreprises devront être capables de justifier plus précisément leurs écarts de rémunération et de démontrer la cohérence de leurs pratiques salariales. La grille permet d’objectiver les décisions et de montrer que les rémunérations reposent sur des critères clairs.
- Le besoin croissant de cohérence interne : les collaborateurs disposent d’un accès beaucoup plus large à l’information salariale. Dans les organisations où les salaires se sont construits au fil des recrutements et des augmentations individuelles, les incohérences peuvent devenir nombreuses ; une grille structurée réduit ces dérives.
- La nécessité de mieux piloter les budgets : tensions sur certains métiers, inflation et attentes des salariés rendent les arbitrages plus complexes. La grille donne un cadre plus prévisible aux décisions de rémunération.
- Des métiers qui évoluent plus vite : de nouveaux métiers apparaissent et certaines expertises deviennent rares. Une architecture figée pendant plusieurs années ne répond plus aux réalités du marché du travail.
Les limites des anciennes grilles salariales
Si de nombreuses entreprises disposent déjà de grilles salariales, une part importante de ces dispositifs présente des limites. Dans certains cas, les grilles ont été construites il y a plusieurs années sans véritable mise à jour ; dans d’autres, elles se sont progressivement déformées sous l’effet des recrutements, des négociations individuelles ou des contraintes du marché.
- Des grilles figées et insuffisamment pilotées : certains référentiels ne reflètent plus les réalités du marché ni l’évolution des métiers, avec à la clé une perte d’attractivité, une multiplication des dérogations et des incohérences internes.
- Une absence de lien avec les données de marché : construites à partir d’historiques internes, sans connexion avec les benchmarks de rémunération, ces grilles conduisent à des écarts importants avec le marché, à la hausse comme à la baisse.
- Une multiplication des exceptions individuelles : lorsque la grille perd en pertinence, les managers négocient des ajustements spécifiques et les recrutements se font hors référentiel. À long terme, ces ajustements fragilisent la cohérence globale du système de rémunération.
Les six étapes pour construire une grille des salaires
Mettre en place une grille salariale pertinente ou en actualiser une existante suit six étapes clés.
1. Diagnostiquer l’existant
Avant tout, il est essentiel d’évaluer la cohérence des rémunérations actuelles. Cela passe par une analyse des écarts internes, une revue des pratiques en place et un repérage des éventuelles incohérences entre métiers, niveaux de responsabilité ou entités. Ce diagnostic s’appuie sur des données internes (salaires réels, ancienneté, sexe, localisation) et sur des retours qualitatifs des managers ou des partenaires sociaux. Voir notre accompagnement pour l’audit de la politique de rémunération.
2. Classer les emplois
Cette étape consiste à bâtir une classification claire et lisible des emplois. Il s’agit de regrouper les postes en familles professionnelles, puis de les positionner selon des critères comme la complexité, l’autonomie, l’impact ou le niveau de contribution. Une méthode rigoureuse de pesée des postes permet d’objectiver cette classification des emplois : elle garantit une hiérarchie juste entre les postes et évite les comparaisons hasardeuses.
3. Définir les fourchettes de rémunération
Pour chaque classe d’emplois, il convient de définir une fourchette de rémunération avec un minimum, une médiane et un maximum. Ces fourchettes doivent refléter à la fois la politique interne de l’entreprise (valeurs, culture, marges budgétaires) et la réalité du marché externe. C’est ici que l’utilisation d’un benchmark de rémunération fiable prend tout son sens. Deux approches sont possibles : partir de la médiane du marché et ouvrir la fourchette de part et d’autre (approche par la médiane), ou partir du minimum de chaque classe, souvent calé sur les minima conventionnels, et appliquer un taux de progression d’une classe à l’autre (approche par le bas).
4. Simuler et valider les impacts
Avant tout déploiement, il est essentiel de simuler les effets de la nouvelle grille sur la masse salariale et sur les collaborateurs concernés. Cette étape permet de mesurer les écarts, d’anticiper les rattrapages ou les zones de tension, et de prévoir les éventuels ajustements. Les simulations budgétaires et les arbitrages RH doivent être partagés avec la direction et, le cas échéant, avec les représentants du personnel.
5. Déployer la grille et accompagner le changement
Le déploiement de la grille ne se résume pas à la mise à disposition d’un tableau. Il nécessite une communication claire auprès des managers et des collaborateurs : expliquer les principes, les critères de positionnement, les modalités d’évolution et les enjeux de cette nouvelle structuration. Des supports pédagogiques, des réunions d’information ou des modules de formation peuvent être mis en place.
6. Intégrer la grille aux processus RH
Enfin, une grille salariale bien conçue doit s’articuler avec les autres processus RH : recrutement, mobilité interne, entretiens annuels, revues de rémunération. Elle doit devenir un outil vivant, utilisé au quotidien par les managers et les RH pour piloter les décisions salariales, et être mise à jour chaque année. Pour la mise à jour, voir notre article pour actualiser sa grille des salaires.
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Les paramètres d’une grille des salaires
Une grille salariale pertinente repose sur quelques choix de structure, à arrêter avant tout calcul :
| Paramètre | Ce qu’il désigne | Repère courant |
|---|---|---|
| Nombre de classes | Les niveaux de la grille, issus de la classification des emplois | Cinq à huit dans une PME, une quinzaine dans un grand groupe |
| Médiane, ou point de référence | Le salaire cible d’un titulaire pleinement opérationnel | Calée sur la médiane du marché, ou un peu au-dessus pour les métiers en tension |
| Amplitude | L’écart entre le maximum et le minimum, rapporté au minimum | 20 à 30 % pour les premières classes, 40 % ou plus pour l’encadrement |
| Progression entre classes | L’écart entre les médianes de deux classes voisines | Souvent 15 à 30 %, croissant avec le niveau |
| Chevauchement | La part de fourchette commune à deux classes voisines | Léger, pour ménager les trajectoires sans brouiller la hiérarchie |
| Échelons | Les paliers de progression à l’intérieur d’une classe | Facultatifs ; liés à l’expérience, aux compétences ou à la performance |
Ces repères sont des ordres de grandeur couramment observés : ils s’adaptent à la taille de l’entreprise, à la diversité de ses emplois et à sa politique de rémunération. Le minimum de chaque classe doit toujours respecter le Smic et les minima de la convention collective applicables aux emplois concernés.

Exemple chiffré : construire et appliquer une grille
L’exemple suivant reprend la grille à six classes présentée sur notre page grille salariale. Les montants sont fictifs et donnés à titre d’illustration.
Calculer les bornes à partir de la médiane
Avec l’approche par la médiane, on part de la médiane retenue pour chaque classe et de l’amplitude choisie. Le minimum vaut la médiane divisée par (1 + amplitude / 2), et le maximum vaut le minimum multiplié par (1 + amplitude).
| Classe | Médiane retenue | Amplitude | Minimum | Maximum |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 26 400 € | 20 % | 24 000 € | 28 800 € |
| 3 | 37 950 € | 30 % | 33 000 € | 42 900 € |
| 5 | 60 000 € | 40 % | 50 000 € | 70 000 € |
Exemple pour la classe 3 : 37 950 € divisés par 1,15 donnent un minimum de 33 000 € ; 33 000 € multipliés par 1,30 donnent un maximum de 42 900 €.
Positionner les salariés et chiffrer les rattrapages
On place ensuite chaque salarié dans la fourchette de sa classe. Le ratio comparatif, c’est-à-dire le salaire divisé par la médiane, mesure son positionnement. Voici cinq salariés fictifs de la classe 3 :
| Salarié | Salaire actuel | Ratio comparatif | Situation | Action |
|---|---|---|---|---|
| A | 31 200 € | 82 % | Sous le minimum | Rattrapage de 1 800 € pour atteindre 33 000 € |
| B | 34 500 € | 91 % | Bas de fourchette | Progression prioritaire si la performance le justifie |
| C | 38 000 € | 100 % | À la médiane | Évolution normale |
| D | 41 000 € | 108 % | Haut de fourchette | Augmentations plus modérées |
| E | 44 500 € | 117 % | Au-dessus du maximum | Salaire maintenu, sans hausse du fixe tant qu’il dépasse la fourchette |
Dans cet exemple, le coût de mise en conformité de la classe 3 est de 1 800 € bruts par an, hors charges. Appliqué à toutes les classes, ce calcul donne l’enveloppe de rattrapage à arbitrer, en une fois ou lissée sur plusieurs exercices. Un salarié au-dessus du maximum ne voit pas son salaire baisser : on limite sa progression du fixe et l’on examine si son emploi est bien classé.
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Les erreurs à éviter
- Construire la grille sans classification : sans hiérarchie objective des emplois, les fourchettes reproduisent les écarts historiques au lieu de les corriger.
- Des fourchettes trop étroites ou trop larges : trop étroites, elles ne laissent aucune marge de progression ; trop larges, elles ne guident plus les décisions.
- Oublier les minima conventionnels : le minimum de chaque classe doit respecter la grille de la convention collective et le Smic.
- Négliger le coût de mise en œuvre : une grille non chiffrée peut créer des attentes que le budget ne permet pas de tenir.
- Ne pas associer les managers : ce sont eux qui appliquent la grille au quotidien et l’expliquent aux équipes.
- Laisser la grille vieillir : sans mise à jour annuelle, elle décroche du marché et les exceptions se multiplient.
Construire sa grille avec le logiciel WAAGE
Le module Grille des salaires du logiciel WAAGE guide la construction en sept étapes : démarrage, classes d’emplois, collaborateurs, paramètres, composition, consultation et échelons cibles. Il reprend les résultats de la pesée et de la classification, s’appuie sur les médianes du benchmark de rémunération, calcule les échelles minimum, médiane et maximum de chaque classe, signale les salaires sous le minimum ou au-dessus du maximum et simule les coûts de rattrapage. WAAGE est proposé en ligne, sur abonnement.
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Chez People Base CBM, nous accompagnons depuis plus de 25 ans les entreprises dans la construction et la refonte de leurs grilles de salaires, en lien avec leur stratégie RH et leur politique de rémunération. Nos missions nous conduisent à concevoir, refondre ou moderniser des grilles dans des contextes très variés : croissance rapide, fusion d’organisations, transformation des métiers, tensions sur les compétences, problématiques d’équité interne ou préparation à la directive européenne.
Grâce à notre méthode structurée, à nos données de marché et au logiciel WAAGE, nous vous aidons à créer un référentiel robuste, évolutif et intégré à vos processus. Cette expérience nous a permis de constater que les entreprises qui disposent des politiques de rémunération les plus efficaces ne sont pas celles qui rémunèrent le plus, mais celles qui disposent d’une architecture salariale cohérente, pilotable et capable d’évoluer avec le marché.

Grille des salaires : notre approche Pesée et classification des emplois
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Questions fréquentes sur la construction d’une grille des salaires
Combien de temps faut-il pour construire une grille des salaires ?
Cela dépend du nombre d’emplois et de ce qui existe déjà. Si l’entreprise dispose d’une classification récente et de données de marché, la construction et le chiffrage peuvent tenir en quelques semaines. S’il faut d’abord peser et classer les emplois, comptez plutôt quelques mois, en incluant les ateliers avec les managers et les échanges avec les représentants du personnel.
Faut-il une classification des emplois avant de construire la grille ?
Oui, dans la grande majorité des cas. La grille fixe des fourchettes par classe ; sans classification, on ne sait pas quels emplois regrouper, et les fourchettes risquent de reproduire les écarts historiques. Une entreprise peut partir de la classification de sa convention collective, mais elle est souvent trop large pour piloter les salaires : une pesée interne des emplois repères donne une base plus fine et plus défendable.
Approche par la médiane ou approche par le bas : laquelle choisir ?
L’approche par la médiane part des salaires du marché : elle est la plus adaptée quand l’attractivité est un enjeu et que l’on dispose d’un bon benchmark. L’approche par le bas part des minima, souvent conventionnels, et applique un taux de progression d’une classe à l’autre : elle convient aux entreprises très encadrées par leur convention collective. Beaucoup combinent les deux, en vérifiant que les minima calculés à partir du marché respectent bien les minima conventionnels.
Que faire d’un salarié au-dessus du maximum de sa classe ?
Son salaire n’est pas réduit. On vérifie d’abord que son emploi est bien classé : un emploi sous-évalué peut justifier un changement de classe. Si le classement est correct, on limite la progression de son salaire fixe tant qu’il dépasse la fourchette, en privilégiant éventuellement la rémunération variable ou des évolutions de responsabilités.
Faut-il associer les représentants du personnel ?
C’est fortement recommandé. La grille touche aux salaires, qui relèvent de la négociation annuelle obligatoire lorsque l’entreprise compte des délégués syndicaux, et à la politique sociale sur laquelle le CSE est consulté. Les associer dès le choix des critères et des classes facilite l’acceptation de la grille, et la directive européenne encourage cette coopération pour l’évaluation des emplois.
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